Master 2 — De l’agronomie à l’agroécologie
UE Statistiques
Contexte
Un agronome souhaite améliorer le rendement d’une culture de maïs tout en limitant l’utilisation d’engrais minéral. Il souhaite étudier simultanément :
Question scientifique
On dispose de 40 parcelles expérimentales.
Deux expériences sont possibles.
Expérience A : comparer séparément les deux facteurs
Expérience B : faire varier les deux facteurs simultanément
| Faible dose | Forte dose | |
|---|---|---|
| Variété 1 | 10 parcelles | 10 parcelles |
| Variété 2 | 10 parcelles | 10 parcelles |
Quelle expérience mener ? Les deux expériences utilisent-elles la même information ?
\(\rightarrow\) La réussite de l’expérience dépend de de sa planification
Une fois la question scientifique définie :
On souhaite déterminer si les conditions expérimentales ont un effet sur le rendement du maïs.
On note \(\mu_{i}\) le rendement moyen obtenu avec la variété \(i\) ;
On s’intéresser à la question : La variété a-t-elle un effet sur le rendement ?
Nulle – \(H_0\) : les deux variétés ont le même rendement moyen \(H_0 : \mu_{1} = \mu_{2}\)
Alternative – \(H_1\) : les deux variétés ont des rendements moyens différents \(H_1 : \mu_{1} \neq \mu_{2}\)
Un test statistique conduit à prendre une décision à partir de données soumises à l’incertitude.
Le niveau de test \(\alpha \in (0, 1)\) contrôle l’erreur de type I :
\[ \mathbb{P}_{\text{sous } H_0}(\text{rejeter à tord } H_0 ) \leq \alpha \]
La probabilité de rejeter \(H_0\) à tord est au plus de \(\alpha\).
Valeur de \(\alpha\) définie par l’utilisateur relativement au contexte scientifique, e.g. 0.05, mais aussi 0.1, 0.2 …
Niveau de test \(=\) seuil \(\alpha\) \(=\) risque de 1ère espèce
La puissance d’un test est donnée par la formule suivante : \[ \mathbb{P}_{\text{sous } H_1}(\text{rejeter } H_0 ) = 1 - \mathbb{P}_{\text{sous } H_1}(\textbf{ne pas } \text{ rejeter } H_0 )\] C’est une probabilité qui décrit la capacité de pouvoir rejeter à juste titre \(H_0\).
\(\mathbb{P}_{\text{sous } H_1}(\textbf{ne pas } \text{ rejeter } H_0 )\) est l’erreur de 2ème espèce
Rejeter à juste titre \(H_0\) \(=\) accpeter \(H_1\) \(=\) faire une découverte
Souvent difficile à calculer car loi sous \(H_1\) inconnue.
La puissance dépend surtout de l’effet réel, de l’effectif \(n\), et du niveau du test.
Souvent limité par coût humains, matériels, temporels…
Une fois le nombre de prélèvements à faire déterminé, comment répartir ce nombre lorsqu’on veut étudier l’effet d’un ou plusieurs facteurs comportant plusieurs niveaux.
Objectifs :
On souhaite évaluer le rendement d’une variété de maïs.
On dispose de \(N\) parcelles expérimentales.
Un seul facteur d’intérêt : \(\text{Fertilisation}\)
avec deux niveaux :
\(\text{faible dose}\qquad\text{vs.}\qquad\text{forte dose}\)
La dose de fertilisation a-t-elle un effet sur le rendement ?
\(H_0 : \mu_{\text{faible}} = \mu_{\text{forte}}\)
\(H_1 : \mu_{\text{faible}} \neq \mu_{\text{forte}}\)
Supposons que l’on dispose de 20 parcelles.
Une possibilité naturelle :
| Faible dose | Forte dose |
|---|---|
| 10 parcelles | 10 parcelles |
Quelles parcelles doivent recevoir quelle dose ?
On peut utiliser la randomisation pour affecter les traitements aux unités expérimentales.
La randomisation permet d’éviter que l’affectation des traitements soit liée à des caractéristiques des parcelles.
On souhaite maintenant comparer 3 doses d’engrais :
\(D_1,\quad D_2,\quad D_3\)
Question : Les rendements moyens sont-ils les mêmes pour les trois doses ?
Pour chaque niveau du facteur, on souhaite estimer le rendement moyen :
\(\mu_1,\quad \mu_2,\quad \mu_3\)
et comparer ces moyennes
\(H_0 : \mu_1=\mu_2=\mu_3\)
\(H_1 : \text{au moins deux moyennes diffèrent}\)
La précision de ces estimations dépend notamment :
La réplication permet de quantifier la variabilité au sein de chaque condition expérimentale.
Imaginons que les parcelles présentent une forte hétérogénéité :
\(\boxed{\text{Sol profond}}\qquad\qquad\boxed{\text{Sol superficiel}}\)
Le type de sol peut influencer le rendement indépendamment du traitement étudié.
Comment éviter que cette variabilité masque l’effet de la fertilisation ?
\(\boxed{\text{Regrouper les unités expérimentales homogènes en blocs}}\)
Au sein de chaque bloc, on compare les différents traitements.
| Faible dose | Forte dose | |
|---|---|---|
| Sol profond | ✓ | ✓ |
| Sol superficiel | ✓ | ✓ |
Chaque bloc contient les différentes modalités du facteur étudié.
L’objectif est de comparer les traitements entre des unités expérimentales aussi homogènes que possible.
\({\text{Réduire la variabilité résiduelle}} \quad\Longrightarrow\quad {\text{améliorer la précision}}\)
Le blocage ne remplace pas la randomisation.
On procède en deux étapes :
On dispose de 8 parcelles :
| Parcelle | Type de sol | Rendement sans engrais |
|---|---|---|
| 1 | Riche | 8.2 |
| 2 | Riche | 7.8 |
| 3 | Riche | 8.5 |
| 4 | Riche | 8.0 |
| 5 | Pauvre | 4.8 |
| 6 | Pauvre | 5.2 |
| 7 | Pauvre | 4.5 |
| 8 | Pauvre | 5.0 |
On veut comparer l’effet de l’engrais sur le rendement \(Y\) avec 4 parcelles dans type de sol.
Si les 4 parcelles riches reçoivent l’engrais et les 4 parcelles pauvres n’en reçoivent pas :
\(\overline{Y}_{Engrais} = 8.1\)
\(\overline{Y}_{Sans} = 4.9\)
Différence observée : 3.2 tonnes/ha
Mais cette différence est-elle due à l’engrais ?
Dans l’expérience précédente :
\(\underbrace{\overline{Y}_{Engrais}-\overline{Y}_{Sans}}_{3.2}\)
mélange potentiellement l’effet de l’engrais et de la qualité des sols
Le traitement est associé à une caractéristique des parcelles. Les parcelles recevant l’engrais sont systématiquement les parcelles les plus fertiles.
C’est précisément ce que la randomisation cherche à éviter.
On répartit aléatoirement les 8 parcelles entre les deux traitements.
Par exemple :
| Engrais | Sans engrais | |
|---|---|---|
| Sol riche | 1, 3 | 2, 4 |
| Sol pauvre | 5, 7 | 6, 8 |
Chaque traitement est admistré à
Les rendements avant traitement sont alors :
\(\overline{Y}_{Engrais}=\frac{8.2+8.5+4.8+4.5}{4}=6.50\)
\(\overline{Y}_{Sans}=\frac{7.8+8.0+5.2+5.0}{4}=6.50\)
Pas de différence avant traitement
La randomisation permet de rendre, en moyenne, les groupes comparables avant l’application des traitements.
Ainsi, une différence observée après traitement peut être attribuée plus directement au traitement plutôt qu’à une différence initiale entre les groupes.
Mais avec seulement 8 parcelles, une randomisation particulière peut tout de même produire un déséquilibre.
Revenons à notre question initiale.
On souhaite étudier simultanément :
Les deux facteurs peuvent être combinés :
| \(D_1\) | \(D_2\) | |
|---|---|---|
| \(V_1\) | \(V_1D_1\) | \(V_1D_2\) |
| \(V_2\) | \(V_2D_1\) | \(V_2D_2\) |
On obtient \(2\times2=4\) combinaisons de traitements.
Un plan factoriel permet d’étudier simultanément l’effet de la variété et l’effet de la dose.
L’effet de la fertilisation est-il le même pour les deux variétés ?
Cette question ne peut pas être étudiée correctement si les deux facteurs sont systématiquement étudiés séparément.
Imaginons les rendements moyens suivants :
| Faible dose | Forte dose | |
|---|---|---|
| Variété 1 | 5 | 7 |
| Variété 2 | 4 | 8 |
Pour la variété 1 :\(7-5=2\)
Pour la variété 2 : \(8-4=4\)
L’effet de la dose semble dépendre de la variété.
On étudie \(k\) facteurs, comportant chacun plusieurs niveaux.
Plan factoriel complet
Toutes les combinaisons des niveaux des facteurs sont présentes.
Pour 2 facteurs à 2 niveaux :
\(2\times2=4 \text{ combinaisons}\)
| Dose 1 | Dose 2 | |
|---|---|---|
| Variété 1 | ✓ | ✓ |
| Variété 2 | ✓ | ✓ |
Plan factoriel incomplet
Certaines combinaisons ne sont pas observées.
METTRE EXEMPLE NUMERIQUE PLUTOT
Réplication
Une combinaison de traitements est observée plusieurs fois.
Par exemple, 3 répétitions du plan \(2\times2\) :
| Dose 1 | Dose 2 | |
|---|---|---|
| Variété 1 | 3 | 3 |
| Variété 2 | 3 | 3 |
\(N = 2\times2\times3 = 12\)
Plan équilibré
Chaque combinaison de traitements est observée le même nombre de fois.
Ici : \(n_{11}=n_{12}=n_{21}=n_{22}=3\)
Orthogonalité
Les niveaux d’un facteur sont répartis de manière équilibrée pour chaque niveau des autres facteurs.
Exemple :
| Dose 1 | Dose 2 | Total | |
|---|---|---|---|
| Variété 1 | 3 | 3 | 6 |
| Variété 2 | 3 | 3 | 6 |
| Total | 6 | 6 | 12 |
Ainsi :
Autre exemple :
On dispose de 20 parcelles, avec deux variétés et deux doses d’engrais.
| Dose 1 | Dose 2 | Total | |
|---|---|---|---|
| Variété 1 | 2 | 2 | 4 |
| Variété 2 | 8 | 8 | 16 |
| Total | 10 | 10 | 20 |
Les totaux marginaux ne sont pas égaux mais les proportions sont les mêmes :
\(\frac{2}{4}=\frac{2}{4}=0.5\)
et
\(\frac{8}{16}=\frac{8}{16}=0.5.\)
Ainsi, dans chaque variété, 50% des parcelles reçoivent la dose 1 et 50% la dose 2.
Deux propriétés différentes :
| Équilibré | Orthogonal | |
|---|---|---|
| Effectifs des combinaisons égaux | ✓ | pas nécessairement |
| Proportions identiques entre facteurs | ✓ | ✓ |
\[\begin{array}{c|cc|c} & D_1 & D_2 & \text{Total}\\ \hline V_1 & 2 & 2 & 4\\ V_2 & 8 & 8 & 16\\ \hline \text{Total} & 10 & 10 & 20 \end{array}\]
Ce plan est orthogonal mais non équilibré.
En résumé, pour caractériser un plan factoriel on peut préciser :
| Propriété | Question |
|---|---|
| Complet | Toutes les combinaisons sont-elles présentes ? |
| Répété | Chaque combinaison est-elle observée plusieurs fois ? |
| Équilibré | Les combinaisons ont-elles le même nombre d’observations ? |
| Orthogonal | Les facteurs sont-ils répartis de manière équilibrée ? |
En pratique, certaines contraintes peuvent empêcher une affectation complètement aléatoire.
Exemples :
Le plan d’expériences doit tenir compte des contraintes de l’expérience réelle.
Supposons que l’engrais soit appliqué avec une machine.
Il est difficile d’appliquer une dose différente à chaque petite parcelle.
On peut alors être contraint d’ appliquer la dose à un groupe de parcelles puis répartir les variétés à l’intérieur de ces groupes.
Cela modifie la manière dont les traitements peuvent être randomisés.
La machine épand l’engrais sur une grande parcelle entière. On peut semer une variété différente dans chacune de ses sous-parcelles.
| Facteur | Affectation du traitement | Unité expérimentale |
|---|---|---|
| Dose d’engrais | Une dose commune | Grande parcelle |
| Variété de maïs | Une variété par sous-parcelle | Sous-parcelle |
Le split plot, ou plan en parcelles divisées, organise ces deux niveaux.
Le niveau de randomisation dépend du facteur.
On prépare 3 blocs de terrain relativement homogènes. Chaque bloc contient 2 grandes parcelles, chacune divisée en deux.
Dans chaque bloc : tirer au sort les doses.
Une grande parcelle reçoit la faible dose, l’autre la forte dose.
Dans chaque grande parcelle : tirer au sort les variétés.
Une sous-parcelle reçoit V1, l’autre V2.
Les tirages sont renouvelés indépendamment d’un bloc à l’autre et d’une grande parcelle à l’autre.
Le bloc rapproche les conditions de terrain ; la randomisation attribue les traitements.
Chaque ligne ci-dessous représente une grande parcelle. Les deux dernières colonnes sont ses deux sous-parcelles.
| Bloc | Grande parcelle | Dose commune | Sous-parcelle 1 | Sous-parcelle 2 |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Gauche | Faible | V2 | V1 |
| 1 | Droite | Forte | V1 | V2 |
| 2 | Gauche | Forte | V2 | V1 |
| 2 | Droite | Faible | V1 | V2 |
| 3 | Gauche | Faible | V1 | V2 |
| 3 | Droite | Forte | V2 | V1 |
\[3\text{ blocs}\times2\text{ grandes parcelles}\times2\text{ sous-parcelles}=12\text{ mesures}.\]
| Question | Unité recevant le traitement | Réplication dans ce plan |
|---|---|---|
| Effet de la dose | Grande parcelle | 3 grandes parcelles par dose |
| Effet de la variété | Sous-parcelle | 6 comparaisons V2 − V1, une par grande parcelle |
| Réponse du rendement | Sous-parcelle | 12 mesures au total |
Les deux sous-parcelles d’une même grande parcelle partagent le sol local et l’application de l’engrais.
Deux mesures dans une même grande parcelle ne créent pas deux applications indépendantes.
Effectifs des sous-parcelles dans notre exemple :
| Faible dose | Forte dose | |
|---|---|---|
| V1 | 3 | 3 |
| V2 | 3 | 3 |
Ces propriétés n’effacent pas les deux niveaux de randomisation.
Pour le bloc \(i\), la dose \(j\) et la variété \(k\) :
\[Y_{ijk}=\mu+B_i+D_j+V_k+(DV)_{jk}+G_{ij}+\varepsilon_{ijk}.\]
| Partie du modèle | Ce qu’elle représente |
|---|---|
| \(B_i\) | Effet du bloc, pris en compte dans l’analyse |
| \(D_j\), \(V_k\), \((DV)_{jk}\) | Effets de la dose, de la variété et de leur interaction |
| \(G_{ij}\), variance \(\sigma_G^2\) | Écart aléatoire commun à la grande parcelle |
| \(\varepsilon_{ijk}\), variance \(\sigma^2\) | Écart aléatoire propre à la sous-parcelle |
Modèle présenté : effets de bloc fixes ; \(G_{ij}\) et \(\varepsilon_{ijk}\) centrés, indépendants entre unités et entre niveaux. Normalité pour les tests \(F\) exacts.
\[Y_{ij2}-Y_{ij1}=(V_2-V_1)+\bigl[(DV)_{j2}-(DV)_{j1}\bigr] +\varepsilon_{ij2}-\varepsilon_{ij1}.\]
L’écart commun \(G_{ij}\) s’annule.
On compare les moyennes de deux grandes parcelles différentes. Leur différence contient encore \(G_{i,\mathrm{forte}}-G_{i,\mathrm{faible}}\).
Pour ce plan équilibré, avec 3 blocs, 2 doses, 2 variétés :
| Effet testé | Erreur du test \(F\) | ddl de cette erreur |
|---|---|---|
| Dose | Entre grandes parcelles, après bloc et dose | 2 |
| Variété | Entre sous-parcelles, après variété et interaction | 4 |
| Dose × variété | Même erreur de sous-parcelle | 4 |
Dans R, pour ce plan complet sans donnée manquante :
Exemple théorique en rendement t/ha : \(\sigma_G^2=0.36\) et \(\sigma^2=0.04\). On note \(r=3\) blocs, \(a=2\) doses, \(b=2\) variétés.
| Contraste estimé | Erreur standard théorique | Valeur (t/ha) |
|---|---|---|
| Forte − faible, moyenne sur les variétés | \(\sqrt{\dfrac{2}{r}\left(\sigma_G^2+\dfrac{\sigma^2}{b}\right)}\) | 0.5033 |
| V2 − V1, moyenne sur les doses | \(\sqrt{\dfrac{2\sigma^2}{ra}}\) | 0.1155 |
| Interaction : différence des deux différences | \(\sqrt{\dfrac{4\sigma^2}{r}}\) | 0.2309 |
L’interaction compare (V2 − V1) sous forte dose à (V2 − V1) sous faible dose.
La précision dépend de la comparaison et du niveau où l’on répète.
L’effet de la dose est prioritaire. On peut financer 24 mesures.
| Organisation | Grandes parcelles | Mesures par grande parcelle | Erreur standard de la dose |
|---|---|---|---|
| 6 blocs, une sous-parcelle par variété | 12 | 2 | 0.3559 |
| 3 blocs, deux sous-parcelles par variété | 6 | 4 | 0.4967 |
Quelle organisation choisir, si les deux sont réalisables ?
6 blocs : davantage d’applications indépendantes de chaque dose.
Les coûts de terrain et d’épandage restent à comparer.