Master 2 — De l’agronomie à l’agroécologie

UE Statistiques

Analyse en composantes principales

Analyse factorielle des correspondances

Analyse des correspondances multiples

Point de départ : visualiser deux variables

Rendement en fonction de la dose d’azote

Parcelle Azote Rendement
1 0 4.2
2 50 5.1
3 100 6.0
4 150 6.4
5 200 6.5

Azote : kg N/ha.
Rendement : t/ha.

Rendement observé en fonction de la dose d’azote pour les cinq parcelles du tableau.

Point de départ : visualiser trois variables

Dose d’azote, température moyenne et rendement

Parcelle Azote Temp. Rend.
1 0 10.5 4.0
2 50 11.2 4.9
3 100 12.0 6.0
4 150 12.8 6.7
5 200 13.5 6.8
6 0 13.0 4.5
7 50 13.8 5.5
8 100 14.5 6.3
9 150 15.2 6.5
10 200 16.0 6.2

Unités : kg N/ha, °C et t/ha.

Nuage tridimensionnel des dix parcelles : dose d’azote, température et rendement.

Et avec cinq variables, ou davantage ?

Rendement en fonction de la dose d’azote, de la température moyenne annuelle, de la couverture du sol, de la quantité d’eau …

Comment représenter simultanément ces informations ?

Chaque parcelle est un point d’un espace à \(p\) dimensions.

Representation en plus de 5 dimensions ? 🫪🫪🫪

Méthodes de réduction de dimension

Objectif

Passer de \(p\) variables à \(q\) variables synthétiques, avec \(q\ll p\) tout en conservant le maximum d’information contenue dans les données et en préservant la distance entre les individus.

Exemple concrets :

  • Compression d’une image : millions de pixels → réduction du nb de pixel (et de la qualité de l’image mais sans qu’elle devienne méconnaissable)
  • Génomique : milliers de variables → variables génotypique les plus “informatives”

Une méthode selon le type de données

  • ACP : plusieurs variables quantitatives.
  • AFC : une table de contingence croisant deux variables qualitatives.
  • ACM : plusieurs variables qualitatives décrivant les mêmes individus.

Types de données

Tableau de données

Expl. Surface Rend. Diversité
1 85 6.2 Faible
2 42 5.8 Moyenne
3 120 7.1 Faible
4 35 5.2 Élevée
5 67 6.4 Élevée
6 28 4.9 Moyenne
7 95 6.8 Faible
8 51 5.9 Élevée

Une ligne = une exploitation.
Variables quantitatives et qualitatives.

Table de contingence

Type de production × présence de haies

Production Non Oui
Grandes cultures 12 4
Polyculture-élevage 5 15
Maraîchage 2 10
Arboriculture 3 8

Une case = un effectif.
Deux variables qualitatives croisées.

Rappels : representation matricielle des individus et variables

On observe \(n\) individus décrits par \(p\) variables.

\[ {\color{blue}{X}} = \begin{array}{c|cccc} & v_1 & v_2 & \cdots & v_p \\ \hline x_1 & \color{blue}{x_{11}} & \color{blue}{x_{12}} & \cdots & \color{blue}{x_{1p}} \\ x_2 & \color{blue}{x_{21}} & \color{blue}{x_{22}} & \cdots & \color{blue}{x_{2p}} \\ \vdots & \vdots & \vdots & \ddots & \vdots \\ x_n & \color{blue}{x_{n1}} & \color{blue}{x_{n2}} & \cdots & \color{blue}{x_{np}} \end{array} \]

  • Colonnes : variables, par exemple azote, rendement, température, surface.
  • Lignes : individus, par exemple parcelles, exploitations ou années.

Rappels : moyenne, variance et distance

Moyenne empirique d’une variable \(v_j\)

\[\bar v_j=\frac1n\sum_{i=1}^n x_{ij}.\]

Variance empirique d’une variable \(v_j\)

\[s_j^2=\frac1n\sum_{i=1}^n(x_{ij}-\bar v_j)^2.\]

Covariance empirique entre deux variables \(v_j\) et \(v_k\)

\[s_{jk}=\frac1n\sum_{i=1}^n(x_{ij}-\bar v_j)(x_{ik}-\bar v_k).\]

Distance euclidienne entre deux individus

\[d(x_i,x_{i'})=\sqrt{\sum_{j=1}^{p}\bigl(x_{ij}-x_{i'j}\bigr)^2}.\]

La distance dépend des unités choisies.

ACP préliminaires : centrer et choisir les échelles

Centrer les variables

\[\tilde{x}_{ij} = x_{ij}-\bar v_j.\]

Le centre du nuage devient l’origine.

Réduire si les échelles ne sont pas comparables

\[\tilde{x}_{ij}=\frac{x_{ij}-\bar v_j}{s_j}\qquad(s_j>0).\]

Chaque variable a alors une variance égale à 1. On évite, par exemple, que les unités de surface prennent le dessus sur celles du rendement.

ACP : formalisation du problème

Pour les variables centrées (éventuellement réduites), on cherche

\[z_k=a_{1k}v_1+\cdots+a_{pk}v_p,\qquad k=1,\ldots,p.\]

telles que les \(z_k\) soient

  • de variance maximale parmi toutes les combinaisons linéaires possibles des \(v_1, \dots, v_p\)
  • non corrélées

Les composantes sont non corrélées entre elles et leurs variances décroissent :

\[\operatorname{Cov}(z_k,z_\ell)=0\ (k\ne\ell),\qquad \operatorname{Var}(z_1)\ge\cdots\ge\operatorname{Var}(z_q).\]

  • Les variables \(z_1, \dots, z_q\) sont appelées composantes principales.
  • Ce problème est résolu par l’algèbre linéaire.

La variance d’un axe est calculée à partir des coordonnées des points sur cet axe.

Aparté : diagonaliser une matrice symétrique

Diagonaliser une matrice réelle symétrique \(A\) consiste à écrire

\[A=P\Lambda P^\top,\qquad P^\top P=I.\]

  • Les colonnes de \(P\) sont des vecteurs propres orthonormés.
  • La diagonale de \(\Lambda\) contient les valeurs propres.

Par exemple, pour \(A=\begin{pmatrix}2&1\\1&3\end{pmatrix}\), les valeurs propres sont

\[\lambda_1=\frac{5+\sqrt5}{2},\qquad \lambda_2=\frac{5-\sqrt5}{2}.\]

ACP : covariance ou corrélation

On diagonalise une matrice \(p\times p\), construite à partir des variables.

Matrice de covariance

\[\Sigma=\begin{pmatrix} s_1^2&s_{12}&\cdots&s_{1p}\\ s_{21}&s_2^2&\cdots&s_{2p}\\ \vdots&\vdots&\ddots&\vdots\\ s_{p1}&s_{p2}&\cdots&s_p^2 \end{pmatrix}.\]

Les variables conservent leurs unités d’origine.

Matrice de corrélation

\[R=\begin{pmatrix} 1&r_{12}&\cdots&r_{1p}\\ r_{21}&1&\cdots&r_{2p}\\ \vdots&\vdots&\ddots&\vdots\\ r_{p1}&r_{p2}&\cdots&1 \end{pmatrix},\quad r_{jk}=\frac{s_{jk}}{s_js_k}.\]

Les variables sont centrées et réduites.

Attention ! On ne diagonalise pas le tableau de données \(X\).

ACP : axes principaux et variance expliquée

\[\Sigma=P\Lambda P^\top\qquad\text{ou}\qquad R=P\Lambda P^\top.\]

  • Vecteurs propres : directions des axes principaux.
  • Valeurs propres \(\lambda_1\ge\cdots\ge\lambda_p\ge0\) : variances des composantes.
  • Part de variance expliquée par les \(q\) premiers axes :

\[\frac{\lambda_1+\cdots+\lambda_q}{\lambda_1+\cdots+\lambda_p}.\]

On choisit \(q\) pour obtenir une représentation lisible qui restitue une part suffisante de la variabilité.

ACP : repérer les axes principaux

Illustration fournie : un nuage en deux dimensions, ses vecteurs propres puis les variances portées par les axes.

Les directions principales suivent les directions de plus grande dispersion du nuage.

ACP : changer de repère, puis projeter

Illustration fournie : rotation vers les axes principaux, puis projection sur le premier axe.

Le changement de repère conserve l’information. La projection sur moins d’axes élimine la variabilité portée par les axes écartés.

Notions qui seront abordées en complément en TP

Cercle de corrélation calculé sur des données agronomiques simulées : azote, rendement, température, eau et couverture du sol.

Lire le cercle des corrélations

  • Comprendre les coordonnées des flèches : corrélations avec les axes.
  • Interpréter les angles : même sens, sens opposé, angle droit.
  • Vérifier la qualité de représentation (\(\cos^2\)) avant de conclure.
  • Lire contributions et variance expliquée ; choisir les axes retenus.

Le cosinus de l’angle approche la corrélation si les deux variables sont bien représentées dans le plan.

AFC : étudier les liens entre deux variables qualitatives

Analyse factorielle des correspondances (AFC). On part d’une table de contingence : chaque case compte les individus qui possèdent les deux modalités.

Type de production Absence de haies Présence de haies Total
Grandes cultures 12 4 16
Polyculture-élevage 5 15 20
Maraîchage 2 10 12
Arboriculture 3 8 11
Total 22 37 59
  • Les exploitations en grandes cultures sont-elles associées à l’absence de haies ?
  • La polyculture-élevage est-elle associée à la présence de haies ?
  • Le maraîchage et l’arboriculture présentent-ils des profils similaires ?

L’AFC réduit la dimension des profils pour représenter les écarts à l’indépendance.

AFC : une géométrie adaptée aux tables de contingence

Le même exemple, avec \(n=59\) :

Type de production Absence de haies Présence de haies Total
Grandes cultures 12 4 16
Polyculture-élevage 5 15 20
Maraîchage 2 10 12
Arboriculture 3 8 11
Total 22 37 59

On utilise les fréquences marginales des lignes et des colonnes.

\[ r=\frac{1}{59}\begin{pmatrix}16\\20\\12\\11\end{pmatrix}, \qquad c=\frac{1}{59}\begin{pmatrix}22\\37\end{pmatrix}. \]

Matrice des masses des colonnes :

\[ D_c=\operatorname{diag}(c_1,c_2) =\begin{pmatrix}22/59&0\\0&37/59\end{pmatrix}. \]

De même, \(D_r=\operatorname{diag}(r_1,\ldots,r_4)\).

AFC : comparer des profils

Le profil-ligne décrit une répartition, indépendamment de l’effectif de la colonne :

\[ f_i=\left(\frac{n_{i1}}{n_{i\cdot}},\ldots,\frac{n_{iJ}}{n_{i\cdot}}\right). \]

Ici, \(f_{\mathrm{GC}}=(0{,}75,\,0{,}25)\) et \(f_{\mathrm{PE}}=(0{,}25,\,0{,}75)\).

La distance du \(\chi^2\) entre deux profils-lignes est

\[ d_{\chi^2}^2(i,i') =\sum_{j=1}^{J}\frac{(f_{ij}-f_{i'j})^2}{c_j}. \]

  • Un même écart de proportion pèse davantage pour une colonne rare. <!– - Chaque profil-ligne est pondéré par sa masse \(r_i\) dans l’analyse.
  • On procède de même pour les colonnes, en utilisant les masses \(r_i\). –>

AFC : mesurer les écarts à l’indépendance

Sous l’indépendance, l’effectif attendu dans la case \((i,j)\) est

\[ e_{ij}=\frac{n_{i\cdot}n_{\cdot j}}{n}=n r_i c_j. \]

Grandes cultures × absence de haies :

\[ e_{\mathrm{GC, Abs}}=\frac{16\times22}{59}\simeq5{,}97, \text{ alors qu'on a} \qquad n_{\mathrm{GC, Abs}}=12. \]

Cette combinaison est donc surreprésentée dans le tableau.

\[ \chi^2=\sum_{i,j}\frac{(n_{ij}-e_{ij})^2}{e_{ij}}, \qquad \text{inertie totale de la table de contingence}=\frac{\chi^2}{n}. \]

L’AFC décompose cet écart global selon des directions interprétables.

AFC : de la table de contingence aux axes factoriels

On pose \(P=N/n\), puis on centre et on pondère les écarts :

\[ S=D_r^{-1/2}(P-r c^\top)D_c^{-1/2}. \]

La matrice \(S\), généralement rectangulaire, admet une décomposition en valeurs singulières :

\[ S=U\operatorname{diag}(\sigma_1,\ldots,\sigma_q)V^\top, \qquad \sigma_1\geq\cdots\geq\sigma_q>0. \]

  • \(U\) et \(V\) permettent de construire les coordonnées des lignes et des colonnes.
  • L’axe \(k\) porte l’inertie \(\lambda_k=\sigma_k^2\).
  • On conserve les premiers axes pour résumer au mieux le tableau.

Au plus \(\min(I-1,J-1)\) axes non nuls : notre tableau \(4\times2\) n’en a qu’un.

AFC : un exemple à deux dimensions

Pour visualiser deux axes, on étend l’exemple : les haies présentes sont séparées en « discontinues » et « continues ».

Type de production Absentes Discontinues Continues Total
Grandes cultures 12 3 1 16
Polyculture-élevage 5 8 7 20
Maraîchage 2 2 8 12
Arboriculture 3 5 3 11
Total 22 18 19 59

La table devient \(4\times3\) : deux axes non nuls sont maintenant possibles.

Les effectifs « absence / présence » initiaux sont conservés en regroupant les deux dernières colonnes.

AFC : le nuage des profils

Nuage des quatre profils-lignes dans une représentation euclidienne de la distance du khi-deux, pour le tableau simulé à trois modalités de haies.

  • Un point représente un type de production.
  • Sa position résume son profil de haies.
  • Les distances représentent les différences de profils au sens du \(\chi^2\).

L’origine représente le profil moyen.

AFC : choisir les axes factoriels

Le nuage des profils dans la métrique du khi-deux : choix des axes orthogonaux, changement de repère et projections sur le premier axe.

Comme en ACP : l’axe 1 maximise l’inertie ; l’axe 2 maximise l’inertie restante dans une direction orthogonale. La dispersion est pondérée par les masses des lignes.

AFC : notions qui seront abordées en TP

Carte factorielle AFC des types de production et des modalités de haies, en coordonnées principales, calculée sur l'extension simulée.

  • Lire les pourcentages d’inertie.
  • Comparer les profils des lignes, puis ceux des colonnes.
  • Repérer les modalités qui construisent les axes.
  • Vérifier la qualité de représentation.

ACM : plusieurs variables qualitatives

L’analyse des correspondances multiples (ACM) décrit simultanément les individus et les modalités de plusieurs variables qualitatives.

On complète les données sur les exploitations de l’exemple simulé par une variable de diversité des cultures.

Variable Modalités
Type de production Grandes cultures, Polyculture-élevage, Maraîchage, Arboriculture
Haies Absentes, Discontinues, Continues
Diversité des cultures Faible, Moyenne, Élevée
  • Quelles exploitations ont des profils proches ?
  • Quelles modalités caractérisent les principales différences entre exploitations ?

ACM : coder les modalités

On transforme les données en tableau disjonctif complet \(Z\) :

\[ z_{i\ell}= \begin{cases} 1 & \text{si l'individu }i\text{ possède la modalité }\ell,\\ 0 & \text{sinon.} \end{cases} \]

Exemples de codage du bloc « Haies », qui comporte trois colonnes :

Modalité de l’exploitation Absentes Discontinues Continues
Haies absentes 1 0 0
Haies discontinues 0 1 0
Haies continues 0 0 1

On juxtapose les blocs des trois variables : ici, \(n\) lignes et 10 colonnes.

Chaque ligne contient exactement trois « 1 », un par variable. (Ici le trois fait référence aux trois variables qualitatives types de production, haies et diversité des cultures)

ACM : une géométrie pour les profils qualitatifs

L’ACM est une AFC du tableau disjonctif complet \(Z\).

Si \(p\) est le nombre de variables et \(a_\ell\) la proportion d’individus possédant la modalité \(\ell\), alors

\[ d_{\chi^2}^2(i,i') =\frac{1}{p}\sum_{\ell=1}^{K} \frac{(z_{i\ell}-z_{i'\ell})^2}{a_\ell}. \]

  • Deux individus qui possèdent les mêmes modalités ont une distance nulle.
  • Une différence portant sur une modalité rare pèse davantage.
  • Tous les individus ont la même masse \(1/n\).

Les axes résument les principales différences entre ces profils.

ACM : du codage aux axes factoriels

Le total de \(Z\) (la tableau des données) vaut \(np\). On pose donc

\[ P=\frac{Z}{np},\qquad r_i=\frac1n,\qquad c_\ell=\frac{a_\ell}{p}. \]

On retrouve la même construction que pour l’AFC :

\[ S=D_r^{-1/2}(P-r c^\top)D_c^{-1/2} =U\operatorname{diag}(\sigma_k)V^\top. \]

  • Les premiers axes décrivent les oppositions principales entre profils.
  • On représente les individus et les modalités pour interpréter ces axes.
  • L’inertie de l’axe \(k\) est \(\lambda_k=\sigma_k^2\).

Ici, le codage autorise jusqu’à \(K-p=7\) axes : le plan ne résume qu’une partie des différences.

ACM : notions qui seront abordées en TP

Plan des modalités d'une ACM sur 59 exploitations simulées, décrites par le type de production, les haies et la diversité des cultures.

  • Interpréter les axes à partir des modalités qui y contribuent.
  • Lire les proximités avec leur qualité de représentation.
  • Repérer l’influence des modalités rares.
  • Relier la carte des modalités à celle des individus.

Les modalités sont des points, pas des flèches de corrélation.

ACP, AFC ou ACM : quel tableau, quelle question ?

Méthode Données Ce que résument les axes
ACP Individus × variables quantitatives Variabilité des mesures
AFC Table croisant deux variables qualitatives Écarts à l’indépendance
ACM Individus × plusieurs variables qualitatives Différences entre profils de modalités

Dans les trois cas : choisir les axes (fait avec des outils d’algèbre linéaire), examiner les contributions et vérifier la qualité de représentation.